Cette jeune fille ne pardonne pas à son Père de l'avoir mariée trop jeune à un vieillard. Les jeunes filles d'aujourd'hui réclament le droit de choisir leur futur époux.
Mon Père je ne te pardonne pas
Toi qui m'a donnée bien avant l'âge.
Lorsque vous lisiez la « Fatitha »
J'étais dehors et j'écoutais.
Si j'en fais le serment
Ta maison ne sera plus la mienne.
Me voici dans le flot furieux
Ma vie en jeu
Sur la dalle qui glisse ô mes amies
Fille chaussée de vair
Aux bracelets sonnants
Que de beauté y mis sa Mère
Si on en faisait chose à vendre
On se battrait à mort
Pour savoir qui l'emporterait
Mon Père, je ne te pardonne pas
Toi qui m'a mangée comme le blé tendre
Si tu m'avais laissée grandir
J'aurais choisi parmi les meilleurs.
Mais telle est la tradition
C'est les vieux que nous épousons.
Ma Mère, j'ai soif
J'aimerais boire à la fontaine édifiée par un jeune homme.
Si je bois j'ai peur des miens.
Mais si je meurs
C'est la soif qui m'aura tuée.
Le Dieu des bontés m'a trahie,
Plus que l'oppresseur
Il agit sur pot-de-vin.
Il donne richesse et vanité
Aux sans mérites
Qui connaissent la joie de vivre.
Moi, mon soleil s'est endormi
Il est parti avec le troupeau
Je le siffle, il ne vient pas.
Mes amies, vous faites les fières
D'être en puissance de maris.
Ils sont autant de vieillards
Grommelant sur leurs maux.
Ah ! s'ils étaient des pots
Comme je les fracasserais.
Djouhra ABOUDA