Macci ttarawsa - Je ne suis pas une chose à regarder

Poème d'amour, c'est pour la femme un pas vers le dialogue. Une affirmation d'elle-même pour ce qu'elle est et non ce que l'on veut faire d'elle.

Je sais : c'est comme ça que je te plais,

Avec mes yeux noirs

Je sais : c'est comme ça que je te plais,

Avec mon mendil* noir

Chaque jour, tu me dis :

« Tu es le bouquet dans la prairie »

Mais sais-tu que les fleurs meurent ?

Mes yeux sont dévorés de mille flammes

Que rien ne peut éteindre.

La souffrance se lit dans mon regard

Tel ce feu vorace qui gronde en moi.

Le rêve s'évanouit

Le mal est profond dans ma chair

Mes yeux sont à peine ouverts

Que l'on m'impose le mariage.

Tu as vu mon fard et mon rouge à lèvres.

Tu as vu fibules et bracelets

Tu as aimé mon mutisme 

Je suis l'Avenir

Je suis la Révolution

Je suis la Guerre

Je ne suis pas une chose à regarder.

Je sais : c'est comme ça que je te plais

Avec la jarre entre mes mains

Tu m'as dit : « Ta démarche si légère

Me donne l'eau à la bouche »

Pourtant, ce fardeau me courbe

Et me brise les reins

Ton coeur, si tu l'interroges te dira peut-être

Pourquoi mon pas est pressé.

Tu m'as dit : « Tu es la lune ou le soleil quand il brille

Tu es l'objet de plaisir

Ma virilité vient de toi »

Hélas, depuis que j'ai franchi le seuil de ta maison

Les mots doux n'existent plus

Aujourd'hui, je suis emmurée de silence

Demain je serai cri.

Réveille-toi affronte  la vérité

Ne chante plus ma beauté

Derrière mon rire et mes pleurs

Cherche l'expression de mon regard

Derrière la beauté et le maquillage

La soif du savoir

Brûle dans mon regard.

Un jour, la justice

Va apparaître

De cette terre qui a bu mon sang

La vérité va éclater

De ce nuage dont la face est voilée

Un jour, le soleil va jaillir

* mendil : foulard des jours de fête.


Adapt. Djouhra ABOUDA & Hadjira OUBACHIR

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