DJURDJURA Chœur à chœur
Loin d’aboutir à une assimilation définitive, l’exil provoque souvent chez les émigrés, l’éclosion d’un renouveau artistique de leur propre culture. Un renouveau d’autant plus éclatant qu’il jaillit de racines profondes, de l’impérissable nostalgie que tout transplanté garde au fond de son cœur. Les remous et les convulsions d’un Maghreb revendiquant son identité et l’expérience douloureuse de l’émigration sont à l’origine d’un art musical émigré qui se manifeste par un courant nouveau et prometteur.
Djurdjura a été acclamé en janvier dernier à l’Olympia à Paris, puis dans différentes villes de France. Djura compose elle-même les paroles et la musique des chansons. Venue toute jeune en France, elle a vécu l’expérience longue et douloureuse de l’exil. Djura sent s’éveiller en elle une vocation créatrice. C’est ce qui, tout naturellement, la conduit à souhaiter revoir l’Algérie, revoir son village natal en Grande Kabylie. « Cela a été pour moi une découverte extraordinaire. Auparavant, je vivais à travers mes parents, hors des réalités. J’ai alors compris tout ce que signifie le mot identité ». Elle restera une année en Algérie, se perfectionnera dans la langue kabyle, travaillera avec les paysannes du village et connaîtra leurs problèmes.
Ce pèlerinage a une influence décisive : de retour à Paris, elle réalise un film sur la vie des travailleurs immigrés, Ali au Pays des Merveilles, et plusieurs courts-métrages qui seront achetés par le Centre Beaubourg. Elle sera la première algérienne à se lancer dans la réalisation cinématographique. Puis elle envisage de faire un film sur la femme algérienne. Mais le hasard voudra que cette idée prenne une autre forme : la chanson. Elle fonde le groupe Djurdjura, du nom d’un massif montagneux de Kabylie. Ce nom est en soi un programme, car le groupe se propose en effet de faire connaître et de rénover la chanson kabyle authentique.
Le phénomène Djurdjura transcende de loin le pur événement musical. Faire prendre conscience à un peuple de la valeur et de la richesse de son patrimoine méconnu, faire revivre la tradition orale, changer les mentalités, c’est en quoi la démarche de Djurdjura est révolutionnaire.
Les chansons de Djura peignent la société algérienne aux prises avec les séquelles d’un passé d’obscurantisme et de colonialisme. Et c’est pace que sa musique rejette les charmes frelatés du folklore commercial et parce qu’elle parle de ce qui la touche que ses chansons sont tellement émouvantes. Jeune pionnière qui a du se battre pour suivre sa vocation artistique, elle a pleinement conscience des préjugés qui entravent encore l’épanouissement de la femme. Plusieurs de ses chansons les dénoncent. Elle parle au nom de celles qui n’osent encore se révolter, qui s’abstiennent de dénoncer des abus ou de revendiquer leurs droits de peur de se voir rejeter par une société qui ne les a pas armées pour assumer leur liberté. Combien de filles douées ont renoncé à leur vocation pour se résigner à un morne mariage forcé ? « Mon père, je ne te pardonne pas, dit une des chansons de Djura, toi qui m’as mangée, comme le blé tendre. Si tu m’avais laissée grandie, j’aurais choisi parmi les meilleurs… ».
Aujourd’hui, et Djura est là pour le prouver, la jeune fille algérienne ne vit plus comme il y a vingt ans. Les mères elles-mêmes rêvent d’un autre avenir pour leurs filles. La révolution a porté un coup aux idées reçues : des femmes ont laissé leur nom dans l’histoire. D’autres, nombreuses, ont milité à côté des hommes, apportant la preuve de leur maturité d’esprit et de la vigueur de leur idéal. Il est normal que la femme algérienne occupe aujourd’hui une place nouvelle et assume un rôle actif dans une société saine et sans discrimination sexiste.
Je suis celle qui porte le nom de femme
Le jour de ma naissance
Tout autour de moi ressemblait à un
enterrement
(…) Pourtant des voix me crient :
« Tu es l’étoile du berger,
Le soleil de l’hiver, la fille de l’honneur.
Grâce à toi, nous sommes fiers. »
Alors, vous tous qui me voyez
Vous qui me regardez comme une étrangère
Sachez que je porte le nom de femme
Et que c’est de moi que vous êtes nés.
Le problème de la femme concerne tous les membres de la communauté. Les hommes, eux aussi, souffrent d’un mariage imposé et de l’inculture de leurs mères ou de leurs compagnes qui n’ont pu fréquenter l’école. Ils souhaitent, plus ou moins consciemment, le changement. Voilà pourquoi tout un public émigré d’hommes et de femmes s’est reconnu dans les chants de Djurdjura et les a acclamés partout en France. Après un spectacle donné à Orly, des femmes immigrées sont venues dire : « Ce n’est pas de la chanson. Vous avez fait tomber un mur. Toutes les femmes à travers vous s’expriment. » Le cas du peuple algérien qui a lutté pour retrouver son identité, et qui lutte encore, ne saurait être mis à part. C’est celui de tout le monde arabe et même du tiers-monde.
Ni réquisitoires, ni professions de foi, les chants de Djurdjura tracent un tableau réaliste d’une société à un tournant de son histoire, consciente de ses carences, mais aussi fière de ses valeurs, valeurs dont les chants kabyles sont une des plus belles illustrations.
Djurdjura, conscient du rôle qu’il pourrait jouer dans l’évolution culturelle de leur pays, a hâte d’aller chanter en Algérie et dans le monde arabe. En tout cas, son succès en France prouve que l’art le plus universel est aussi l’art le plus profondément enraciné dans les réalités locales.
Radhia HANACHI – DEMAIN L’AFRIQUE
DJURDJURA
des mots pour dire…
Entendre Djurdjura, c’est découvrir les rythmes du Maghreb, la langue de la Kabylie, une culture mal connue.
Ecouter Djurdjura, ses chants, c’est plonger dans la réalité, comprendre la femme, les émigrés, les opprimés, la vie.
Dire Djurdjura, c’est penser : espoir.
« Mes frères, si je n’arrive pas à vous dire correctement ce que j’ai à
vous dire, vous m’en excuserez.Mon frère noir aux dents de perle, chante, crie
tes chansons et souviens-toi : autant j’aime les-tiens, tu aimes
les-miens, je le sais. Merci !
N’aie pas peur de l’eau qui coule,
N’aie pas peur de la main amie,
N’aie pas peur d’aimer.
Notre monde sera comme un berceau superbe.
Un berceau qui bercera dans ses langes de soie bleue tous les enfants du monde : noirs, jaunes, blancs ».
Cet appel à la liberté, à la fraternité, s’élève comme une main tendue vers l’amour. Nous sommes à l’Africavision, à Libreville. Un poème, un cri, trois voix : c’est Djurdjura.
Elles sont Algériennes, elles sont belles, elles sont fières, elles sont femmes. Femmes de Kabylie, femmes du Maghreb, femmes du monde, femmes de l’espoir et de la liberté. Liberté de l’opprimé, de l’immigré, de la femme.
« Montre-nous ton visage, Liberté !
Et les enfants iront vers toi ».
« Oiseau sur le toit, Liberté !
Parcours les terres,
Défie les maîtres,
Génération nouvelle
Relève la tête et ouvre le chemin ».
Djura et ses choristes chantent. Des chants tristes ou gais, des chants d’amour, de guerre, de gratitude, de haine. Des voix profondes, légères, pathétiques, langoureuses, magiques. Une musique nouvelle : musique algérienne d’aujourd’hui, pour parler à l’Algérie d’aujourd’hui, pour lui parler de la justice sociale, de l’identité culturelle, des émigrés opprimés, déracinés.
« Que tu sois de Barbès, Nanterre,
Aubervilliers
Mon frère, tu seras toujours l’étranger… »
Pour parler de la femme, de ses aspirations, de ses refus, de ses combats, de ses espoirs.
« Je suis l’Avenir
Je suis la Révolution
Je suis la Guerre
Je ne suis pas une chose à regarder ».
Pour connaître Djurdjura, il faut écouter. Pour comprendre les réalités de l’Algérie d’aujourd’hui, écouter encore. Djurdjura s’est emparé d’un micro pour dénoncer la condition féminine à coups de poèmes. Djurdjura a pris le nom de cette chaîne de montagnes de Kabylie, pour bien marquer les racines d’une expression vocale et musicale imprégnée de tradition et d’ouverture sur le monde moderne. A tout un peuple, Djura fait prendre conscience de la valeur et de la richesse de son patrimoine méconnu, elle fait revivre la tradition orale et changer certaines mentalités. Elle participe au renouveau de leur propre culture.
Depuis quatre ans, le groupe se produit sur scène avec six musiciens dans un spectacle bien monté et enlevé. C’est le succès ! Sa voix chante pour des milliers de femmes maghrébines, et les hommes finissent par écouter, et les Occidentaux se décident à entendre. C’est qu’à travers ces poèmes, ceux-ci retrouvent leur propre dignité et ceux-là se reconnaissent à leur tour.
« Alors, vous tous qui me voyez,
Qui me regardez comme une étrangère,
Sachez que je porte le nom de femme,
Et que c’est de moi que vous êtes nés… »
Djurdjura chante… pour que la naissance d’une fille ne soit plus un jour de deuil.
Anne SAMSON
DJURDJURA
femmes de Kabylie…
Femmes de Kabylie, femmes d’Algérie, femmes du Maghreb, au destin cruel, toujours effacées derrière l’homme, qui ne deviennent mères, respectées, gardienne de la tradition, pilier de la société, qu’aux prix d’épreuves sans fin : fille malvenue, adolescente interdite d’école, mariée malgré elle, épouse soumise.
Et pour rythmer le quotidien les tâches ménagères, les jours trop longs, les semaines, les années : des chants, compagnons fidèles, qui atténuent la grisaille du quotidien, qui permettent de patienter encore.
Chants tristes ou gais, chants d’amour ou chants de guerre, chants de gratitude ou chants de haine, mais toujours, chants fredonnés à mi-voix, tout bas… pour soi-même et ses enfants…
Gare à celle qui prend l’envie de chanter pour les autres !
Gare à celle qui transgresse ce tabou !
Femme de notre temps, qui a pris conscience de son rôle, qui s’assume dans l’évolution de son pays et exprime le désir d’un peuple qui ne veut perdre ni ses valeurs, ni son identité.
Djura a décidé de chanter tout haut ce que les femmes ont fredonné tout bas…
Lorsque le phénomène Djurdjura est apparu, un critique gourmand et connaisseur a comparé leurs chansons à des bonbons acidulés… ceux qui les ont goûtés n’en ont pas oublié la saveur.
Tout de suite, les thèmes abordés par leur auteur – Djura – vont aller droit au but et déborder le pur événement musical.
Il s’agira en fait, d’un grand courant d’air frais qui va secouer une société bien bloquée…
Théâtre de la Ville, grande scène de la fête de l’Humanité, des Olympias, une musique de film « Le roi du balai » de J.-D. Simon, un générique d’émission sur TF1 et de nombreuses télévisions, chez Jacques Chancel, Michel Drucker, Jacques Martin vont amplifier et populariser le phénomène…
Djurdjura est aujourd’hui adopté par un public hétéroclite, séduit par ces mots et cette musique venus d’ailleurs qui plaisent au cœur tout en intéressant la conscience.
Pouvait-on alors imaginer combat aussi singulier et défi plus souriant que celui que nous adresse Djura par ce nouvel album ?
présentation du CD « le Défi »
DJURDJURA
extraits de presse…
Djurdjura chante en suivant ses racines, mais avec une recherche constante d’ouverture et de créativité. Ce troisième disque est particulièrement raffiné sur le plan des sons, des rythmes et du traitement mélodique. Mais elle chante aussi contre ses racines, c’est à dire contre le conservatisme qui voudrait nier les contradictions du pays, la dépendance des femmes, l’obligation de l’émigration masculine, etc… De sorte qu’elle ne prétend pas du tout à une carrière maghrébine ou folklorique, mais à un engagement de haut niveau dans ce qu’on appelle la chanson vivante.
Elle le fait avec douceur (« nos mots seront tranchants et aiguisés », chante-t-elle aimablement), ce qui plait au cœur tout en intéressant la conscience. Elle le fait aussi avec une sorte de danse intérieure qui force la main à la tristesse ou au découragement. Son chant, vous l’avez deviné, est imprégné d’amour et de liberté : « La beauté kabyle n’est pas faite pour être cachée » : il rejoint le « chant général » des Neruda de tous pays.
Lucien Nicolas - TELERAMA
DE KABYLIE
Discrètement et progressivement, Djurdjura a su trouver en France un public attentif, et cela pas seulement parmi les immigrés d’Afrique du Nord (rappelons d’ailleurs que le berbère est une langue entièrement différente de l’arabe), mais aussi bien parmi les français qui s’intéressent à la chanson étrangère en général. Il doit bien y en avoir plus que l’on ne croit, si l’on se réfère au succès obtenu par Djurdjura lors de ses concerts. D’autre part, un coup d’œil même rapide aux traductions de ses textes montre à l’évidence le caractère internationaliste de ses préoccupations. Et si tous ces motifs ne suffisaient pas, alors il n’y aurait qu’à se laisser charmer, bercer mais aussi balancer et réveiller par leur musique pour être convaincu. Justement, l’occasion nous est fournie ce mois-ci par la sortie du troisième album de Djurdjura. Le disque est dédié
« A celle qui a été privée du bienfait de
l’amour
du bienfait de la science
du bienfait de la liberté
A cette créature méprisée
Femme algérienne
Femme du monde entier… »
Jolie entrée en matière sur cette non moins jolie pochette, et le contenu est en tous points à la hauteur de cette déclaration. Ce n’est pas du folk traditionnel que l’on découvre dans ces dix titres (neuf chansons et un instrumental), mais des paroles et des musiques signées Djura, la fondatrice et pierre angulaire du trio. Le style musical, très affiné, confirme les progrès déjà enregistrés dans le deuxième album (le premier souffrait de quelques lourdeurs et d’un manque de cohérence dans les arrangements). La plupart des airs sont très rythmés et appellent à la danse, mais il y a aussi des chansons qui s’écoutent très tranquillement et c’est là que les trois chanteuses font merveille sur ce disque. Je vous recommande tout particulièrement la dernière chanson de la première face « Ma terre et ses oliviers », où ce sont simplement trois voix nues qui décrivent l’amour d’un pays. Par ailleurs, les diverses combinaisons instrumentales (guitare, violons, alti, violoncelle, mandol, luth, oud, flûtes, derbouka et percussions diverses) renouvellent sans cesse le plaisir d’écoute. Une musique qui n’oublie jamais la gaieté et l’esprit de fête malgré la douleur et la colère, avec en prime une prise de son tout à fait somptueuse.
Jacques
VASSAL – ROCK & FOLK
Djurdjura fait son chemin… leurs voix chantent pour des milliers de femmes et les hommes eux-mêmes finissent par entendre, lorsqu’à travers la poésie kabyle, c’est leur propre identité qu’ils retrouvent…
Charles SCHREIDER – LE NOUVEL OBSERVATEUR
Djura : tout sourire, les ongles peints, les gestes délicats et derrière, une volonté d’acier.
Djurdjura, c’est un combat qu’elle mène rondement, méthodiquement.
Au bout d’un an d’existence, le groupe a fait ses preuves, il frappe juste.
Jean-Pierre LENTIN – LE MONDE DE LA MUSIQUE
Avec la composition « Azemmour », Djura introduit la polyphonie (qui n’appartient pas à la tradition kabyle) dans l’héritage de ses ancêtres. Sa bravoure n’a cessé de dénoncer les conditions des Algériennes. Djura remet les pendules à l’heure. « le voile est, en fait, une coutume pré-islamique par laquelle les femmes de la haute société se distinguaient des femmes du peuple » rappelle-t-elle. « Ces dernières se sont mises à imiter la bourgeoisie, en portant cette petite pièce de tissu blanc. Par la suite, l’intégrisme religieux a pris ce voile de coquetterie comme symbole et a introduit le hidjab, couvrant toute la silhouette ».
F.C. –
L’HUMANITE
La condition de la femme berbère n’est pas la seule parole du groupe Djurdjura. Il y a aussi l’Algérie et sa vérité, les hommes qui ne sont pas des ennemis, les immigrés et leur drame et le soleil, la terre et l’eau et l’amour. C’est la dignité de l’être humain qui donne aux chansons leur présence universelle.
Les voix sont merveilleusement prenantes.
La musique berbère est d’un charme magique…
Daniel PATTE – LE MATIN
Un travail magnifiquement réussi, le genre où ils mettent trois clés dans Télérama et six couverts entrecroisés dans le guide Michelin. Bravo Djurdjura dans la façon d’utiliser votre féminité pour faire passer le message, il y a là quelque talent assez unique.
Jacques VASSAL – ROCK & FOLK
Tout est dit : calmement, gaiement, magnifiquement. Sans nul doute, ce disque constitue un des plus grands événements qui se soient produits dans la chanson depuis une dizaine d’années.
Jean-Pierre LIEGEOIS – L’UNITE